
Emilien Long est un économiste de renom, il a obtenu le Prix Nobel d’économie et son Droit à la paresse au XXIe siècle a connu un vif succès. C’est sur un coup de tête et presque à l’étourdie qu’il déclare être candidat aux élections présidentielles d’avril 2022. Passées les premières moqueries, il prend la chose au sérieux, forme une équipe : une sociologue, une éditrice, un très jeune Youtubeur, un poète et diplomate, une informaticienne. Le programme de Long a pour ligne directrice une semaine de travail de 15h pour tous, 3h/jour, pas plus. Ainsi, tout le monde pourra travailler, chacun pourra davantage se consacrer à ses loisirs, au sport, à ses proches, au bénévolat. Lutter contre cette « étrange folie de l’amour du travail [qui] torture la triste humanité. » Du temps est dégagé pour aller au travail à vélo ou à pied ; vivre plus sereinement pour éloigner la dépression et les cancers. Le salaire n’excèdera, pour personne, 6000 euros, au-dessus, c’est « inutile ».
C’est un livre surprenant, joyeux, optimiste et un peu allumé qui permet aux lecteurs de réfléchir sur le temps consacré dans une semaine, dans une vie, au travail. Se revendiquant utopiste, ce roman fait rêver : on enlève de nos vies le stress du boulot et les contraintes horaires. Evidemment, ce n’est sans doute pas réalisable et certaines données ont été esquivées comme le rapport à l’international mais j’ai aimé quelques-unes des idées du candidat Long comme celle de faire une pause nationale de 15h à 16h : chaque jour, tout le monde s’arrête de travailler à cette heure-là pour, au choix, se promener, lire, appeler ses proches, faire la sieste, etc. Un manifeste pour le « temps de vivre » à ne pas prendre à la légère malgré une écriture hachée, peu littéraire, parfois peu fluide qui m’a dérangée. Je lui ai aussi trouvé des longueurs mais le propos est intéressant, d’autant plus que l’auteur convoque les pionniers de cet élan d’oisiveté : Sénèque, Paul Lafargue, Rimbaud, les Surréalistes, Guy Debord. Une lecture qui m’a sortie de mes habitudes !
« On n'a qu'une vie : celle que vous êtes en train de vivre, là, aujourd'hui, maintenant. Ce n'est pas un brouillon, ce n'est pas une esquisse. C'est votre vie : vous ne pouvez pas perdre votre temps pour la gagner. Il est temps de la vivre. »
« Si on regardait ça de loin, si on débarquait d’une autre planète et qu’on voyait une population enchaînée à des journées de travail étouffantes payées une misère, pendant que, je prends un exemple, d’autres individus ont quelques apparts qu’ils louent et encaissent des loyers dans bouger le petit doigt, on se demanderait quand même d’une part pourquoi le système est comme ça, si injuste, si déséquilibré. Et puis aussi, on se demanderait par quel miracle tout ça tient. »
« Il y a tant de choses à faire quand on a du temps disponible. Vous comprenez ? Je ne dis pas que nous sommes tous artistes - mais nous sommes tous des êtres sensibles, pouvant faire quelque chose de notre sensibilité. Et pour qu'elle s'exprime, il faut la libérer des contraintes, des horaires du bureau, des privations aussi : l faut une société juste et dégagée. Il faut une société où l’oisiveté rend tout le monde actif. Mais actif dans le bon sens du terme. En actes. Pas actifs comme une catégorie économétrique. »










